Porcelaine Kangxi : glaçure « sang de bœuf »
La volatilité des connaissances des techniques d’émaillage des vases et assiettes en porcelaine chinoise pourrait bien constituer le fil conducteur de l’histoire de la célèbre glaçure dite « sang de bœuf ». La glaçure « sang de bœuf » fut mise au point sous le règne de l’empereur Kangxi (1662 – 1722), au début de la dynastie Qing (1644 – 1911). Elle visait à recréer une formule prestigieuse développée par les artisans de la porcelaine chinoise sous l’empereur Xuande (1426 – 1435). Cette recette, permettant de recouvrir les vases, théières, bols ou urnes en porcelaine chinoise d’un rouge profond et éclatant, s’était perdue durant la période Jiajing (1522 – 1566). Les nombreuses expérimentations entreprises à la demande de l’empereur Kangxi aboutirent à divers résultats, dont la glaçure « sang de bœuf », perfectionnée entre 1705 et 1712 à Jingdezhen, sous la supervision de Lang Tingji.
Produire des vases en porcelaine chinoise Kangxi recouverts d’une glaçure évoquant la couleur du sang de bœuf était un art extrêmement complexe. La technique d’émaillage reposait sur l’utilisation de cuivre, soumis à plusieurs cuissons à très haute température dans une atmosphère appauvrie en oxygène. La chaleur intense des fours rendait ces réactions chimiques difficiles à maîtriser, mais les artisans du début du 18ᵉ siècle parvinrent à parfaire la technique. La glaçure obtenue se distingue par un rouge profond, épais et brillant, plus fluide et plus riche que celui des productions de la dynastie Ming. Sur les vases Kangxi, la glaçure « sang de bœuf » est généralement plus fine au niveau du col, s’épaissit progressivement vers la base et s’interrompt nettement juste avant le pied. On note parfois des traits violets ou turquoise, ou des reflets verts ou jaunâtres à la surface, mais c’est assez rare. Malheureusement, et c’est là le côté tragique de la volatilité des techniques anciennes, le savoir-faire permettant de réguler l’écoulement est progressivement tombé dans l’oubli. C’est pourquoi les vases chinois à glaçure « sang de bœuf » de la fin du 18ᵉ siècle et des périodes ultérieures sont meulés au niveau du pied, afin de masquer le débordement de la glaçure. Ce détail constitue aujourd’hui un critère essentiel pour distinguer un authentique vase chinois Kangxi à glaçure sang de bœuf des productions postérieures, même en l’absence de cachets et tampons ou lorsque des marques apocryphes ont été ajoutées. C’est ce qui permet à un expert en antiquités de faire une estimation professionnelle précise et fiable d’une porcelaine Kangxi présentant ce type de glaçure.